lundi 9 septembre 2013

Livre Vocation de l'Islam de Malek Bennabi


Ce livre écrit après la Nakba de 1948 par le brillant penseur Algérien Malek Bennabi, analyse les raisons de la décadence du monde musulman sur le plan psychologique et sociologique, et fournit quelques perspectives qui pourront l'aider à redécoller. En lisant cet ouvrage aujourd'hui, on ne se rend pas compte que le livre a été écrit un il y a demi-siècle, les problèmes évoquées existent toujours dans nos sociétés , et les solutions proposées sont toujours d'actualité.

Ci-dessous quelques citations de cet ouvrage:


Jusqu’ici, l’islam a gagné du terrain à la manière du chien dent, comme une plante sauvage. Mais il a mis quatorze siècles pour occuper l’espace qu’il occupe actuellement. Dans l’avenir, il s’agirait au contraire de le planter soigneusement, scientifiquement, afin qu’il rayonne selon un processus déterminé, tenant compte de tous les facteurs favorables et défavorables liés à ce rayonnement.

La Nahdha, version réformiste a échoué parce qu’elle s’est présentée sous forme d’un rêve et non sous forme d’actions concrètes. Intellectuellement, elle n’a pas touché en profondeur les mentalités, ni dérangé les vieux tabous. C’était un discours, une poésie. Au plan politique, elle était un vœu pieux, un appel  à la recomposition de la Oumma sans intention de mettre en œuvre des initiatives de rapprochement, des synergies de développement, sans définir les critères de convergence, sans harmoniser les législations, c'est-à-dire sans adopter une approche pragmatique comme le fera plus tard l’Europe.   (Introduction de Noureddine Boukrouh ) 


La Nahdha a commencé comme une réaction à une frustration, à un ressentiment, et non comme une prise de conscience de la nécessité de changer concrètement. (Introduction de Noureddine Boukrouh)


Dans le monde musulman, on loue les exemples japonais et Chinois et on cherche à s’inspirer de leur expérience. On croit que l’explication de leur réussite réside dans les politiques suivies, alors qu’elle se trouve  dans la culture, dans la psychologie, dans le monde des idées, dans l’organisation sociale. (Introduction de Noureddine Boukrouh )


Dans leur situation de sous développement et de faiblesse, les musulmans trouvent quand même  un titre à faire valoir aux yeux des autres : posséder la vérité, être dans le vrai, représenter la religion élue. Ils vivent dans un enclos, en vase clos, dans une réserve mentale, loin des préoccupations de l’heure. L’ancien étant vrai et parfait, pourquoi chercher du nouveau, jugé comme une dégradation, une profanation du passé.  (Introduction de Noureddine Boukrouh ) . 


Partagée entre l’attraction  intégriste du passé et l’impulsion progressiste du présent, parce qu’elle n’a fait le choix ni du modèle ni de la méthode, les tentatives furent plus ou moins stériles parce qu’elles ne se référaient pas à une doctrine précise de fins et de moyens, à une planification des étapes. En fait, le réformateur musulman n’a pas eu le souci de tracer son programme estimant que le temps résoudra heureusement les problèmes.  Et son audace a moins consisté à imiter qu’ à créer.

L’affaire de la Palestine qui constitue indéniablement l’évènement le plus marquant en ce sens, le plus heureux de l’histoire moderne du monde musulman, a en effet désintégré le chaos ou ce monde se trouvait engagé par certaines tendances anarchiques de sa renaissance. . Elle a mis à nu toutes les fausses valeurs, toutes les illusions qui faussaient les perspectives de son avenir. Cette défaite providentielle, cette heureuse victoire du réel sur l’illusoire a libéré les esprits et les consciences qu’étouffait le chaos. 


Le témoin, c’est essentiellement celui  qui est présent dans le monde des autres. La première qualité requise pour la validité d’un témoignage c’est la présence du témoin. Dès lors, si le musulman doit assumer le rôle qui lui est dévolu, il est obligé de vivre en contact avec les problèmes des hommes. Sa présence doit donc embrasser l’espace maximum pour que son témoignage embrasse un maximum de faits.


L’image du phénomène est donnée approximativement par ce qu’on appelle le courant de rupture en  électricité : l’étincelle jaillit quand il y a rupture, discontinuité brusque dans un circuit conducteur, c'est-à-dire quand ce circuit devient brusquement hétérogène.  Le  même phénomène peut être transposé en milieu humain. Les contradictions y deviennent explosives en raison de ces discontinuités idéologiques et raciales : l’étincelle de rupture jaillit à une coupure, à une frontière d’idée ou de race. C’est alors la guerre, le racisme, le colonialisme, toutes les expressions violentes de la contradiction.


Le monde musulman est à l’instant angoissant de la nébuleuse ou les éléments ne sont pas encore intégrés à un ordre régi par des lois définies. La nébuleuse peut engendrer l’ordre islamique ou un immense chaos ou sombreront toutes les valeurs que le Coran avait apporté au Monde.

La colonisabilité n’a pas changé, elle a seulement changé de toilette. Regardez-la la coquette. Se mirer dans le miroir de ces indépendances au rabais pour passer dans les bras de son vieux compagnon, le colonialisme, devenu son chevalier servant dans ces salons décorés en bureaux d’études de sa pseudo-technocratie. 


L’homme malade musulman eut d’abord à son chevet le maraboutisme qui ne pouvait ni le guérir ni l’achever. Le kémalisme, le baathisme charlatan n’ont rien modifié à la situation : ils l’ont plutôt compliqué davantage. Quant au salafisme et au wahabisme, ils n’ont laissé que de pitoyables souvenirs dans une décomposition générale. 


Le monde musulman n’a pas besoin d’un Etat pour dominer le monde, mais d’une conscience pour participer au drame de ce monde …


Le colonialisme et la colonisabilité ont partie liée dans plus d’un domaine,  plus particulièrement dans celui des idées. Sans parler de leur enfant adultérin, un progressisme folklorique endossé par certains intellectomanes dans nos pays comme une livrée de laquais pour faire leur sale besogne en des ouvrages « hautement » patronnés. 


Et aujourd’hui, au deux bouts de la décomposition de l’ « élite », une aile « progressiste » qui couvre d’injures l’aile des « conservateurs » et ceux-ci répondent par l’anathème. Et comme tout excès épuise les consciences, il est clair que tous ces courants risquent un jour ou l’autre d’être captés  dans les canaux qui conduisent aux turbines du trotskisme et aux moulins de l’impérialisme.

Lorsqu’on analyse les activités et les gouts des individus d’un milieu donné, on y trouve des dominantes communes qui se transmettent d’une génération à l’autre. Il y a une hérédité sociologique tout comme il y a une hérédité biologique. On la perçoit aisément en Angleterre ou il existe une volonté de conservation, un conservatisme. Mais elle est encore plus nette durant toute la décadence du monde musulman ou toutes les formes sociales deviennent statiques. Ces deux aspects de l’hérédité ne sont d’ailleurs pas identifiables : dans un cas il s’agit d’aptitude dans l’autre d’inaptitude. L’Anglais se plie volontiers à un certain traditionalisme jugé nécessaire à son équilibre national ; mais cet équilibre est dynamique. Dans la société musulmane, par contre, il s’agit d’une impuissance à dépasser le donné, à aller au-delà du connu, à franchir de nouvelles étapes historiques, à créer et assimiler du nouveau : il ne s’agit plus d’une détermination mais d’une carence. 


Les sciences morales, sociales et psychologiques sont aujourd’hui infiniment plus nécessaires que les sciences de la matière qui constituent plutôt un danger dans une société ou les hommes restent ignorants d’eux-mêmes. Mais il est évidemment plus difficile de connaitre et de faire l’homme d’une civilisation que de fabriquer un moteur ou d’habituer un singe à porter une cravate.

Monde divisé à l’extrême, atomisé en individus : monde aux vertus centrifuges qui ignore l’entraide comme il ignore l’efficacité de la matière de la matière mais pratique l’hospitalité, honore la générosité, aime la vanité, la poésie et le cheval. Son dynamisme explique l’extrême rapidité  de l’expansion islamique dont les historiens ont vainement cherché la raison dans des conditions extérieures.


Par conséquent, il ne s’agirait pas d’enseigner au musulman une croyance qu’il connaissait déjà mais de restituer à cette croyance son efficacité.  En un mot, il s’agissait moins de lui prouver Dieu que de le manifester à sa conscience.


Il  ne faut donc pas s’étonner de ce que la pensée arabe moderne n’ait pas encore acquis le sens de l’efficacité. Le despotisme des mots et des formes imprime un caractère superficiel à toute traduction de la renaissance. On pourra s’en rendre compte au Congrès de la Culture Islamique de Tunis, ou l’on vit un Cheikh faire un cours consacré aux Hadiths sur la clémence et passer plus d’une heure à en égrener la chaine. Inutile de préciser que son contenu passa finalement inaperçu $, cependant que les auditeurs baillaient…d’admiration. Nous touchons ici à un point important de la psychologie post-almohadienne : tout est encore très grave, lorsque orateur et auditeurs sont d’accord sur l’inefficacité.


L’Européen n’est pas venu en civilisateur mais en colonisateur, et le jeune bourgeois musulman n’allait pas en Europe que pour en rapporter un titre universitaire ou pour satisfaire une curiosité toute superficielle. Un étudiant zeitounien qui venait de terminer ses études islamiques ayant fait une demande de bourse pour compléter sa formation en France, l’organisation culturelle saisie de cette demande objecta que pour étudier la langue française, on n’a nullement besoin de se rendre en France. Cette remarque traduit la façon dont le milieu musulman envisage le rôle de l’étudiant qui part en Occident : il s’agit d’étudier une langue ou d’apprendre un métier et non de découvrir un culture. Seul compte l’aspect d’utilité immédiate.


  Il ne verra pas l’enfant apprendre le respect de la vie en caressant un chat ou en cultivant une fleur, ni le laboureur s’arrêter au bout de son sillon pour juger son ouvrage, en communion avec la terre, ce qui est la synthèse de toute civilisation. 


D’une manière générale l’étudiant musulman n’a  pas  éprouvé l’Europe, il s’est contenté de la lire, c'est-à-dire d’apprendre au lieu de comprendre.  Aussi demeure-t-il dans l’ignorance de l’histoire de sa civilisation, il ne peut savoir comment elle s’est faite et comment elle est entrain de se défaire par ses contradictions internes. 


La parole trahit ici sa mission : au lieu d’activer cet effort dans le sens du sur-effort nécessaire pour faire face aux taches du présent, elle le dégrade en sous-effort, en gestes à peine suffisants pour gagner un siège ou une position honorable. L’homme qui prétend diriger la vie publique ne conçoit pas les choses pour les faire, mais seulement pour les dire, pour en parler éloquemment. Cette parole n’est donc qu’un pur acte verbal, sans potentiel social ni tension morale.


jeudi 20 juin 2013

Le problème de la méthodologie dans la pensée islamique

Cet essai écrit par le penseur Saoudien Abdulhamid Abou Sulayman directeur de l'Institut  International de la Pensée Islamique , et  traduit de l'arabe par l'IIIT France propose quelques pistes de réflexions sur la réforme de la pensée islamique . 
Dans la première partie, il fait une critique de la méthodologie de la pensée islamique traditionaliste en se focalisant sur 3 sujets qui nécessitent selon lui une relecture et une réforme : l'usure , l'abrogation dans le coran et la sacralisation des avis des premières générations des musulmans .  Ensuite, il propose les bases et fondements de la pensée islamique , au niveaux des sources, de la relation entre la révélation et la raison et des fondements juridiques et éthiques . 
Ensuite, il consacre un chapitre pour proposer des réformes au sciences islamiques en insistant sur l'importance des sciences humaines ou les sciences du contexte dans la fatwa . 


dimanche 9 septembre 2012

La question éthique et juridique de la pensée islamique de Mohammed Arkoun


Ce livre est le dernier livre de Mohamed Arkoun écrit en 2010 juste avant son décès le  14 septembre 2010 .

Ci-dessous quelques extraits de ce livre en rapport avec l'actualité du printemps Arabe  :

"La raison moderne forte de ces découvertes scientifiques et de ses avancées dans la conquête des droits de l'homme et du citoyen, a toujours regardé de haut les postures et les enseignements figés des traditions religieuses . On appelle Voltaire au secours pour condamner sans examen le fanatisme religieux, sans se donner les moyens de récapituler les apports culturels positifs des religions dans la gestion millénaire de la condition humaine . En instituant l'athéisme comme religion officielle, Staline instaure les ravages de l'ignorance institutionnalisée face à la Sainte ignorance perpétuée par les religions  jusqu'à nos jours. Le heurt séculaire de ces deux ignorances est réactivé à l'échelle mondiale avec la participation idéologique de la clôture moderne d'une raison des Lumières instrumentalisée par les urgences électoralistes. Car si la modernité a ouvert des possibilités à d'autres régimes de vérité, il lui est arrivé de se présenter et d'agir comme le Régime de vérité fiable, supérieur au régimes de vérités antérieurs et fondateurs de valeurs et de légitimité cognitive, politique, juridique, éthique, à vocation universelle. C'est sur cette prétention que l'Occident s'est autorisé à dessiner et à redessiner selon ses visions et ses intérêts, la carte géopolitique, géoéconomique, géomonétaire, géoéthiqueet géoécologique du monde . " ( Page 44)


"Avec l'entrée sur la scène historique de la Révolution dite islamique en Iran ( 1979), l'émergence l'Al Quaida de Ben Laden, de ses lieutenants et de ses soldats nombreux, la guerre civile ouverte en Algérie après l'annulation des élection en 1991, ce ne sont plus les gestionnaires traditionnels de l'orthodoxie qui font barrage à la pensée islamique critique et scientifique; ce sont plusieurs catégories d'acteurs sociaux, politiques et économiques, financiers qui trouvent dans l'islamisme militant des possibilités d'intégrer toutes les nouveautés et tous les conforts de la civilisation matérielle de l'Occident , tout en sauvegardant une "identité islamique" qui les protégerait des crises morales et spirituelles dont souffre ce même Occident. Il s'avère que cette identité est imaginée, illusoire, sans épaisseur historique, sans fondements intellectuels, sans horizons de sens éthique, ni spirituels ..." ( Page 55 )

jeudi 1 septembre 2011

L'art d'être Parent en Occident

Livre de Dr Ekram et Dr Mohamed Rida Beshir

Ce livre écrit par des spécialistes , traduit de l'anglais et préfacé par Tariq Ramadan , présente aux parents une perspective islamique pour éduquer leurs enfants en Occident . Il s'agit d'éduquer les enfants selon les préceptes de l'islam dans des environnements laïques.
L’intérêt du travail fondamental est de traduire la complexité en simplicité et d’offrir un cadre clair et des mises en pratique très accessibles. Il s’agit d’un livre à l’usage de tous. C’est l’intérêt de cet ouvrage qui se présente comme un manuel : au-delà de la démarche et du cadre éducatif commun, il est des chemins qui permettent aux parents d’adapter l’approche, de rester flexible et ouverts tout en respectant les principes et l’éthique islamiques. Une réflexion et des exercices pratiques tout à fait adaptés à la vie en Occident et qui aideront le public francophone à trouver de nouvelles voies.

C’est un apport conséquent dont de nombreux lecteurs tireront des enseignements extrêmement utiles.

mardi 31 mai 2011

Le soufisme, voie intérieure de l’islam


Livre d'Eric Geoffroy
Dimension intérieure de l’islam sunnite, le soufisme repose sur la transmission, de maître à disciple, d’une énergie spirituelle initiée par le prophète Muhammad. Prenant sa source dans le Coran et dans la Tradition prophétique, cette voie a pour but de délivrer l’homme des passions et des illusions qui l’assaillent, lui permettant ainsi de trouver un espace intérieur d’où contempler les réalités de l’Esprit.

Cet ouvrage présente les doctrines, l’histoire et les pratiques initiatiques du soufisme. Il met en relief l’universalisme qui anime cette discipline, véritable antidote contre les divers intégrismes, et présente les perspectives qu’offre le soufisme contemporain ainsi que son rôle croissant en Occident.

Dossier de presse :
« L’auteur de l’étude magistrale sur Le Soufisme en Egypte et en Syrie sous les derniers Mamelouks et les premiers Ottomans fait ici la synthèse d’une réalité riche et complexe dans ses enjeux historiques, culturels et doctrinaux. De cette entreprise risquée, l’auteur se sort bien, exposant avec une clarté remarquable la pratique spirituelle soufie... », revue Qantara (Institut du Monde Arabe).
« ...L’auteur s’emploie à combattre quelques préjugés tenaces : le soufisme n’est pas un ‘‘islam light’’, non plus qu’une démarche égoïste qui consisterait à se séparer du monde », X. Ternisien, Le Monde du 1er juillet 2003.
« ... Non que les ouvrages de référence manquent à ce sujet, mais parce que la plupart ne comportent qu’une approche partielle du phénomène soufi, ou sont d’accès difficile. A cet égard, celui d’Eric Geoffroy comble un vide... », Jean-Michel Belorgey, Les Carnets d’Etudes, revue du Conseil d’Etat (France).
« Ce premier ouvrage complet sur la doctrine et les pratiques de ce courant mystique de l’islam sunnite, présente également un aperçu historique de ce qu’on a appelé ‘‘le cœur de l’islam’’... », Thierry Zarcone, Revue d’Histoire du Soufisme.
« ...L’exposé de l’auteur est méthodique, rigoureux et largement accessible. Il saura satisfaire à la fois celui qui cherche à comprendre le lien entre soufisme et islam, celui qui souhaite appréhender les pratiques du soufisme tout autant que celui qui chemine sur la Voie et désire resituer celle-ci en termes historiques et sociologiques. », revue Soufisme d’Orient et d’Occident.
« ...L’islamologue strasbourgeois propose du soufisme une lecture attentive, parfois critique et tout à fait enrichissante... », J. Fortier, Les Dernières Nouvelles d’Alsace.
« ...Un livre capital, qui se fonde sur la conviction que l’islam et le soufisme sont intrinsèquement liés », site Oumma.com.
« Dans cet ouvrage, Eric Geoffroy, universitaire islamologue, excelle à définir le soufisme comme ‘‘le cœur vivant de l’islam’’...Cette initiation au soufisme est, à nos yeux, un véritable traité de spiritualité islamique », R. Michel, Secrétariat des Relations avec l’Islam.
« “Cet ouvrage, dit Eric Geoffroy, repose sur un pari : celui que l’approche intérieure du soufisme n’est pas incompatible avec une analyse critique”. Le pari est magnifiquement tenu... », J. Borel, Bulletin de la commission francophone pour le dialogue interreligieux monastique, DIM, n° 29, déc. 03.


L'Etat musulman, entre l'idéal islamique et les contraintes du monde temporel ,


Livre de Marie Claret De Fleurieu


C'est autour de la structure juridique de l'État que les relations aussi bien internationales qu'interpersonnelles sont aujourd'hui articulées, dans un contexte fortement marqué par l'hypothèse rebattue d'un « retour du religieux» dans la marche du monde. Le but de cette étude est de confronter ces deux éléments spirituel et temporel : quel est donc l'impact réel de l'Islam sur l'organisation constitutionnelle des États apparemment fondés sur son message sacré ?

La réflexion ici proposée vise à définir et à analyser les données fournies par le référent islamique à propos de la structure politique d'un État mis à son service, notamment à travers l'examen approfondi de certains exemples emblématiques comme l'Arabie saoudite, l'Égypte, et l'Iran. Elle s'adresse aussi bien à un public de spécialistes qu'à un néophyte ignorant tout de cette thématique particulière.

dimanche 5 décembre 2010

Discriminer pour mieux règner

Livre de Vicent Geisser et Elyamine Soum



La diversité est aujourd'hui un terme d'actualité, on en parle souvent dans tous les domaines: société, politique, sport...
Dans ce livre, les auteurs traitent cette question dans le milieu politique français. Il s'agit d'une enquête à l'intérieur des partis politiques pour mieux comprendre les mécanismes qui régissent ce phénomène: discrimination positive, racisme, nouvelles formes de colonisation.
Il s'agit d'une étude sociologique et politique qui met l'accent surtout sur les mécanismes qui régissent ce phénomène: infantilisation des divers, barrières, instrumentalisation de la question de l'immigration et de la diversité, communautarisme, dépersonnalisation.
On conclut après la lecture de ce livre, qu'il y a un grand écart entre la théorie et la pratique, et que la diversité d'affichage n'est qu'un gadget médiatique imposé « par le haut » au mépris des appartenances, des pratiques et des ressentis citoyens, aboutissant à ce paradoxe de contribuer davantage à « minoriser » et à marginaliser les personnes et est loin de représenter la diversité de la société française.

samedi 30 octobre 2010

Que mes guerres étaient belles

Livre de Jacques Vergès


Dans ce livre très passionnant, le brillant avocat français Jacques Vergès trace les meilleurs moments de sa vie ou plutôt "ses guerres" contre les injustices et pour la liberté.
Il s'agit de ses combats menés essentiellement contre la colonisation de l'Algérie en tant qu'avocat ou en tant que militant.
Ayant milité durant toute sa vie aux côtés des fourmis contre l'arrogance et l'injustice des éléphants, Maitre Vergés nous fait vivre les scènes les plus émouvantes de ce combat avant un style ironique parfois mais très touchant.

Un livre à lire absolument.

Note : 5/5

mercredi 8 septembre 2010

Les Damnés de la Terre



Livre de
Frantz Fanon

Dans ce livre écrit quelques mois avant son décès, Fanon se penche sur la question de la violence, des guerres de libération, de l'assimilation culturelle de l'intellectuel colonisé. Il analyse laes effets de la violence du colon et le rôle de cette dernière dans les guerres tribales dans les pays colonisés. Il expose aussi avec une certaine prémonition les contradictions inhérentes à l'exercice du pouvoir dans l'ère post-coloniale en Afrique.
La préface, très célèbre, a été écrite par Jean Paul Sartre.
Ce livre est le point d'orgue de la carrière littéraire de Fanon qui l'a écrit alors qu'il se savait condamné par la leucémie. Fanon est mort au moment de sa publication.

dimanche 15 août 2010

De la structure de l'esprit Musulman


Livre de Imad Eddine Khalil


Ce livre rentre dans la catégorie des œuvres dont l’objet consiste à approfondir les différents aspects de la connaissance dynamique à même de pousser la jeunesse à aller de l’avant sur le chemin du changement et de la restructuration islamique. Il vise à stimuler une connaissance axée sur le diagnostic des maladies contemporaines qui bloquent l’esprit musulman et paralysent son efficience. Son objectif final est de chercher à redécouvrir les principes islamiques qui avaient libéré les esprits des Musulmans de la première heure, qui les avaient dotés de méthode et d’efficacité et qui peuvent à tout moment interpréter ce même rôle.

Note: 4/5

samedi 3 juillet 2010

Mémoires d'un témoin du siècle de Malek Bennabi


Dans ce livre absolument magnifique, le penseur algérien présente son autobiographie ...pas pour nous parler de sa vie seulement, mais pour décrire à travers son parcours personnel la sociologie de la société algérienne avant et après l'indépendance.
A travers une vie très riche d'évènements et d'enseignements, on peut comprendre des aspects sociologiques, psychologiques et culturels de la colonisation et de la conscience algérienne.
Fidèle à sa pensée rigoureuse, Malek Bennabi offre aux lecteurs un livre unique de son genre, ou se mêlent la narration des évènements avec l'analyse des phénomènes socio-culturels.

Note: 5/5

jeudi 24 juin 2010

Livre de Mourad Ghazli

 


Grand sportif et jeune responsable politique à l'UMP , Mourad Ghazli dénonce le communautarisme, non pas en critiquant les 'travers' réels ou supposés des minorités constituées, mais en stigmatisant les élites politiques françaises, engoncées dans leurs certitudes. 

Preuves à l'appui, et à travers son expérience de cadre dans un grand parti politique Français l'auteur démontre que ce sont les politiques eux-mêmes qui installent le communautarisme en France tout en affirmant vouloir le combattre. Ce communautarisme d'en haut est pratiqué dès que les caméras sont éteintes et les stylos rangés. Documents à l'appui, l'auteur prouve que les ghettos sont le résultat d'une volonté politique et commerciale et non de la  volonté des populations issues de l'immigration de rester entre eux comme prétendent les politiciens.

Note: 4/5

vendredi 16 avril 2010

Juste pour Toi…

Ce Livre de Abd Al Hakim Chergui est l'un des meilleurs livres que j'ai déjà lus. Il offre aux lecteurs francophones une nouvelle approche très spirituelle et très pédagogique.


L'auteur donne à travers de sa riche expérience personnelle des conseils précieux aux jeunes musulmans sur l'engagement, la foi, la spiritualité, la morale etc
Ce qui est intéressant dans ce livre, c'est l'usage de plusieurs styles pour passer le message: L'auteur utilise parfois des histoires personnelles très riches en enseignements, d'autres fois il utilise des sagesses, parfois aussi il nous fait vibrer avec ses poèmes et tout ça avec un ton très spirituel...
Vraiment, un livre à lire absolument.

Note: 5/5

mercredi 24 mars 2010

Le Chemin de La Mecque, de Muhammad Asad


« A lire, à relire et à offrir autour de soi ». Telle pourrait être la mention appliquée en lettres grasses sur la couverture de ce livre, à la manière de ces mentions « top secret » appliquées sur des documents ultra confidentiels. « Le chemin de La Mecque » de Muhammad Asad reste d’une brûlante actualité, et ce malgré l’ancienneté de son édition. Et c’est avec un regret sans fin que l’on achève un ouvrage que l’on souhaiterait infini.




D’emblée, il nous faut rendre un vibrant hommage à Roger Du Pasquier, traducteur depuis l’anglais du livre de Muhammad Asad. Car les émotions en ressortent intactes, les faits immensément bien rapportés, et le personnage magnifiquement cerné et portraituré. Autant d’éléments qui ne sont pas aisés à retranscrire d’une langue à l’autre, même si bien évidemment tout le mérite en revient d’abord à l’auteur initial, à savoir Muhammad Asad en personne.

Aventures

Vers la fin de l’ouvrage, sentant la fin de son périple arriver, Muhammad Asad, s’adressant à son fidèle compagnon Zayd, lui dit : « Ne te souviens-tu pas que l’eau doit se mouvoir et couler pour rester claire ? ». A ce moment du « chemin » de l’auteur, ce dernier souhaite quitter l’Arabie afin de découvrir d’autres horizons musulmans, en particulier ici la péninsule indo-pakistanaise. Pour en revenir à cette sentence prononcée, il est clair qu’elle s’applique magistralement bien à l’auteur. Dans Le chemin de La Mecque, l’évocation du moindre fait, du moindre personnage, de la moindre situation sont prétextes à la mention et au récit d’histoires vécues. Exécutant un retour en arrière mémoriel, Muhammad Asad nous rapportera ainsi ses pérégrinations à travers la Palestine, l’Arabie (soit en quête de spiritualité, soit en mission pour le roi Saoud), ou encore la Lybie, à la rencontre du grand résistant à l’occupation italienne, Umar al Mokhtar.

Succès considérable

Plongés dans les méandres de ces aventures extraordinaires, voire dangereuses, mais dont l’auteur en retire toujours les conclusions les plus pertinentes, le récit nous happe, nous saisit et nous entraîne dans un tourbillon d’émotions, de rencontres inattendues et de faits surprenants. Autant de situations exceptionnelles vécues par Muhammad Asad. D’ailleurs, le traducteur de l’ouvrage nous le rappelle dans son avant-propos : « Le chemin de La Mecque, livre dont le succès fut et demeure considérable dans les langues où il a déjà été publié et qui sont : l’anglais, l’allemand, le néerlandais, le suédois, l’arabe, le japonais, le serbo-croate, l’ourdou, le tamoul ».

Lucide

Proche de la famille royale saoudienne, et en particulier du roi Saoud, Muhammad Asad reste cependant lucide et n’épargne pas le souverain de ses critiques comme de ses louanges, lorsque celles-ci lui apparaissent méritées. Sonnant comme une conclusion à son ouvrage et à son parcours à travers l’Arabie, l’auteur écrira dans son chapitre XII intitulé « terme du chemin », à propos de la transformation qu’il commence à percevoir et qui va transformer le royaume saoudien, transformations qui le chagrinent : « Ce n’est pas à dire que les musulmans n’auraient pas beaucoup à apprendre de l’Occident […]. Mais l’acquisition de notions et de méthodes scientifiques n’est pas à proprement parler une « imitation », surtout dans le cas d’un peuple dont la foi ordonne de rechercher la connaissance partout où elle peut être trouvée ».Et les propos suivants, lus aujourd’hui, nous montrent combien l’auteur aura été visionnaire et aura su en son temps évaluer à leur juste mesure les changements naissants en Arabie. Ainsi, l’auteur écrit : « Si les musulmans gardent la tête froide et acceptent le progrès comme un moyen et non comme un but en soi, ils pourront non seulement préserver leur liberté intérieure, mais aussi, peut-être, transmettre à l’homme occidental le secret perdu de la douceur de vivre… »


Auteur : Muhammad Asad.
Titre : Le Chemin de La Mecque.
Edition : Fayard –Collection « La bibliothèque des voyageurs ».
Nombre de pages : 347.

Source: www.saphirnews.com

Note: 3/5

mardi 23 mars 2010

Le Soleil d’Allah Brille sur l’Occident de Sigrid Hunke



Au regard d’une actualité dénigrante du fait « arabe » et « musulman », il est essentiel de lire le merveilleux ouvrage d’une occidentale, Sigrid Hunke, qui relate, grâce à un récit fourni et vivant, les liens intrinsèques de l’Orient et de l’Occident à travers la formidable aventure humaine, scientifique et culturelle de la civilisation arabo-musulmane, à la lumière des immenses réalisations des savants musulmans. A la lecture du « soleil d’Allah brille sur l’Occident », on s’interroge finalement :

Christophe Colomb aurait-il redécouvert l’Amérique sans son astrolabe conçu et réalisé par les Arabes ? Les engins occidentaux auraient-ils atteint la planète Mars si, bien longtemps avant eux, des Arabes n’avaient cessé d’observer rigoureusement le ciel ? Dans la mesure où les progrès technologiques modernes s’inscrivent dans la longue chaîne des connaissances universelles, il est indéniable d’affirmer que les musulmans ont, à une époque, contribué à révéler de nouvelles découvertes scientifiques.

Sigrid Hunke rend hommage à ces inventeurs de génie, trop longtemps ignorés des manuels scolaires et aujourd’hui encore souvent réduits au rôle de simples traducteurs des textes des Anciens. Son livre, traduit de l’allemand par Solange et Georges de Lalène, allie la richesse d’informations d’une encyclopédie à un style clair et vivant qui rend sa lecture fluide comme un roman.

Au fil du texte, on comprend comment l’Islam invite à l’observation et l’analyse des phénomènes naturels, à la recherche intellectuelle, au progrès et à la science. La référence religieuse sert de moteur à la dynamique de la créativité humaine dans des domaines aussi variés que les sciences, la littérature ou l’architecture. A une époque où l’Eglise, de son côté, privilégie l’obscurantisme et l’élitisme, l’Islam parait d’une grande modernité.

On s’étonne de découvrir à quel point notre quotidien est agrémenté d’expressions arabes : le petit café du matin avec un peu de sucre, le verre de limonade dégusté sur le sofa ou sur le divan, la jaquette, la blouse, le jupon, ou encore le mohair, la cotonnade...sans compter le safran, l’estragon, la muscade...Grâce au commerce, les marchands arabes ont introduits en Europe les épices, le coton, les tissus, le papier (précieux support de la vie intellectuelle), ou encore la boussole ou les notions d’hygiène.

Et que dire des multiples apports scientifiques des arabes dans les domaines des mathématiques, de l’astronomie et de la médecine ? Pour le musulman, l’univers entier est la preuve de l’Unité de Dieu. Allah, dans le Coran, invite le croyant à observer le ciel, les étoiles et toute Sa Création. Il est alors naturel pour le fidèle d’explorer les sciences naturelles, astronomie, physique ou médecine.

Le génie des arabes est d’avoir su étudier et traduire les ouvrages des savants grecs, indiens ou chinois en les critiquant et en apportant de nouvelles conclusions. Ce n’est que par le biais des ouvrages arabes, traduits en latin, que l’occident, à partir de la Renaissance, pourra se lancer dans la grande aventure scientifique du monde moderne. Peut-on imaginer l’étude des mathématiques modernes, de l’algèbre, sans l’adoption de la numération décimale par l’humanité entière ? Déjà, bien avant Copernic, les arabes avaient émis l’hypothèse de la rotation de la terre autour du soleil, ils avaient établis des catalogues d’étoiles et construit des observatoires. Ils connaissaient les mécanismes de la circulation sanguine et avaient abordé les domaines de l’ophtalmologie, la psychiatrie, la chirurgie...dont les traités de la Renaissance se sont largement inspirés.

Comment de telles avancées ont-elles été possible ? Plusieurs paroles du Prophète de l’Islam nous renseignent : « L’étude de la science a la valeur du jeûne, l’enseignement de la science celle d’une prière », ou encore : « Quiconque part à la recherche de la science agit pour la cause de Dieu jusqu’à ce qu’il retourne chez lui ». Ainsi, la ferveur religieuse a engendré l’émulation intellectuelle. Dans tout le monde arabe, les enfants, garçons et filles, fréquentent l’école, les bibliothèques regorgent de manuscrits anciens prêts à être traduits. Le butin du vaincu se négocie en ouvrages et traités antiques ! Rien d’étonnant alors que certains princes occidentaux éclairés, en Sicile ou en Espagne aient été fascinés par le génie arabe, que des croisés ou de simples voyageurs aient adoptés le style de vie de ces arabes si raffinés. Ces monarques, ces pèlerins, ces marchands furent dès lors les vecteurs de transmission de l’immense savoir oriental vers la sphère occidentale.

On ne saurait étudier aujourd’hui l’histoire de l’Occident sans rendre compte de l’héritage de la brillante civilisation arabo-musulmane.

Nous laisserons à Sigrid Hunke le soin de conclure son magistral ouvrage par ces mots « La haine religieuse et l’intolérance ont toujours été les pires conseillères des peuples, leur fomentation l’ennemi de toute vie et de tout progrès. Que les peuples ne puissent, au contraire, atteindre leur plus grand épanouissement sans des échanges et une considération réciproque, sans l’ouverture de toutes leurs frontières et une amicale concurrence, voilà ce que ne manque pas de confirmer l’histoire étrange (marquée à la fois par la répulsion et l’attirance, l’hostilité et l’envoûtement) des relations entre le monde musulman et l’Occident, relations, qui en dépit de la méfiance et de la haine ont été pour l’univers un immense bienfait »


Source: www.oumma.com


Note: 4/5

La france des mosquées de Xavier Ternisien


L'auteur est l'un des deux journalistes qui assurent encore une certaine présence du fait religieux dans le quotidien Le Monde. Les récentes contributions en font, en quelque sorte, un « Monsieur islam » soucieux de conduire des enquêtes de terrain concernant la seconde religion présente aujourd'hui en France, majoritaire dans certains quartiers et, pour ce qui est des « issus de l'islam », à ne pas confondre avec l'ensemble des musulmans croyants et pratiquants, majoritaire ou presque dans plusieurs villes au passé ou au présent industriel, Roubaix, Mulhouse, Montbéliard peut-être ? Devançant sans doute maintenant le protestantisme en Alsace ou dans une ville comme Nîmes.

Les douze chapitres du livre s'appuient sur les enquêtes de l'auteur et la lecture d'une série d'ouvrages mentionnés dans la bibliographie. On n'y cherchera pas (ce n'était pas le propos) les analyses qui concernent les rapports entre chrétiens et musulmans d'auteurs tels que Gilbert DELORME, Maurice BORRMANS ou Jacques JOMIER. Tout en soulignant « Le danger de l'islamophobie », titre donné à l'Introduction, X. TERNISIEN ne cache pas qu'il « serait stupide de nier le danger de la menace islamistes et le risque d'une radicalisation de la communauté musulmane. À cet égard, les succès rencontrés par le courant salafiste dans les banlieues sont inquiétants. L'augmentation des ventes de toute une littérature en provenance d'Arabie Saoudite dans les librairies islamiques est alarmante ». On pourrait y joindre assurément des sites internet tel que www.islam-ouma.com ou www.centreislamique.com, voir « La femme en islam » d'Hani RAMADAN, par exemple.

C'est donc à la rencontre de l'islam concret que nous conduit l'auteur en commençant par « Un vendredi à la mosquée ». À quelques exceptions près ces mosquées ne sont pas les foyers d'un islamisme radical, ce qui ne veut pas dire que plusieurs ne défendent pas un « islam fondamentaliste ». Ces quelque mille six cents lieux de culte sont desservis par un millier d'imams dont 40 % de Marocains, 24 % d'Algériens, 15 % de Turcs, seulement encore 9 % de Français. Si l'influence exercée par le gouvernement marocain n'est pas explicitée, en revanche il est facile de saisir celle de l'Algérie et de la Turquie dans la mesure où ces États rétribuent les imams de leur nation. Les fidèles croyants et pratiquants sont moins nombreux parmi les musulmans nés en France (28 %) que parmi ceux nés ailleurs (44 %). La réislamisation est un mouvement de fond quelles que soient les générations. Les détachés, ceux qui se déclarent « sans religion » sont plus nombreux (9 %) dans la classe moyenne supérieure, la « bourgeoisie ». « Vivre l'islam au quotidien » permet d'évoquer l'affaire des foulards (1989), les revendications qui dépassent largement la seule question du voile. Mais l'auteur ne s'interroge pas sur la diversité de voiles qui ne sont pas tous « islamiques », ce dernier étant d'introduction récente. Alors que plus de 50 % des détenus dans les prisons sont d'origine musulmane, le nombre des aumôniers n'est que de quarante-quatre. Or il y a trois cents aumôniers catholiques. La question de la formation des imams est évoquée, l'influence des Frères musulmans est évidente à Saint-Léger-de-Fougeret (Nièvre).

L'islam de France est une mosaïque. X. TERNISIEN est allé à sa découverte en plusieurs villes. Il en donne des descriptions très vivantes : Marseille, où il y aurait soixante-dix mille Comoriens sur les deux cent mille issus de l'islam ; Montpellier où, dans l'ancien couvent des dominicains, un cheikh libanais attire beaucoup d'étudiants dans une mosquée gérée par les Ahbaches ; Toulouse, Strasbourg, Lille. Un chapitre est consacré à « la nébuleuse des Frères musulmans » : l'Union des organisations islamiques en France puis de France (1990) revendique un statut de minorité reconnue comme telle, sans exiger, dit Gilles KEPEL, l'application de la charia « à l'ensemble de la société, tant que les musulmans sont minoritaires » (À l'ouest d'Allah, 1994). La « galaxie UOIF » s'est investie dans le milieu associatif, elle a des liens avec deux cent cinquante associations. Le Tabligh (Foi et pratique) a droit aussi à un chapitre. Ces « missionnaires d'Allah » pratiquant le porte-à-porte ont été comparés aux Témoins de Jéhovah. Ils contrôleraient une centaine de lieux de culte. Il faut encore compter avec les salafistes se réclamant eux aussi de l'islam rigoriste qui est pour eux celui des wahhabites.

Y a-t-il une répartition des tâches entre les différents courants de l'Islam ? L'annonce du message pour le Tabligh, le champ politique et social pour les Frères musulmans, l'étude des sciences religieuses pour les salafis, la mystique pour les soufis ?

Le panorama serait incomplet si les Turcs avaient été oubliés et, de même, les confréries. Or, ce sont ces dernières qui ont suscité bien des conversions à l'islam, dans la mesure où le courant soufi oriente sa spiritualité vers l'amour. Un chapitre est consacré aux convertis pour qui, souvent, la découverte de Dieu s'est faite dans l'islam. On passe « des convertis intellectuels » aux « convertis de proximité » (p. 194), entre dix-huit et vingt-quatre ans le plus souvent. Il manque à ce bon chapitre une approche des conversions parmi des Antillais ou des migrants africains noirs.

Le chapitre 11 présente quelques personnalités phares et en premier lieu Tariq RAMADAN, devenu la principale référence du courant Jeunes musulmans. La personnalité est controversée. Hassan IQUIOUSSEN « le prédicateur ch'timi » dispute à RAMADAN l'audience des jeunes musulmans. Le « mufti éclairé » de Marseille Soheib BENCHEIKH est peu apprécié et de X. TERNISIEN et des musulmans eux-mêmes (p. 229). Le dernier chapitre est consacré au « long chemin de la consultation ». Au cours de son rassemblement annuel au Bourget, en 2000, l'UOIF se flattera d'avoir demandé et obtenu la suppression du passage, dans le texte soumis à la signature des représentants musulmans, concernant « l'apostasie ». Plusieurs pages sont consacrées à ces laborieuses négociations opposant entre elles les différentes tendances de l'islam. La solution n'est pas encore en vue. Le Conseil français du culte musulman, s'il voit le jour, aura le statut d'une association loi 1901 et non celui des associations culturelles de la loi 1905, dont les exigences sont plus sévères.

Xavier TERNISIEN invite fort justement à ne pas confondre l'islamisme, comme idéologie politique, avec l'adjectif « islamique », qui signifie « ayant rapport à l'islam ». Il considère que « la pire des choses » serait de « diaboliser » lUOIF qui, écrit-il, peut se prévaloir d'incarner « un véritable islam de France » avec le sermon du vendredi prononcé en français. Il fait de l'usage de cette langue le critère de cet islam auquel il oppose l'islam des pays d'origine, décalé par rapport à la réalité française. Encore faudrait-il, sans doute, bien entendre ce qui s'exprime en français le vendredi, ainsi que dans les cassettes ou sur Internet ? Pour l'auteur, « le travail d'un Tariq RAMADAN […] mérite d'être salué et encouragé », ce que contestent cependant des connaisseurs de l'islam aussi avertis que les P. DELORME, JOMIER et BORRMANS. Il s'en prend au « médiatique » Soheib BENCHEIKH « le bon » dans les médias. Il met en garde contre ce qui vient d'Arabie Saoudite. Il demande un dialogue franc et sans concession. L'objectif sera atteint lorsque l'islam pourra enfin être traité « comme n'importe quelle autre religion », ce qui ne laisse pas d'étonner un peu car, y compris dans le quotidien où travaille l'auteur, on ne peut dire que le catholicisme, et souvent même le christianisme, bénéficie d'un traitement de faveur.

Source: www.esprit-et-vie.com


Le problème des idées dans le monde musulman




Dans ce livre magnifique de Malek Bennabi, le penseur algérien présente le problème du monde musulman sous un angle différent.
C'est à travers le monde des idées que Bennabi analyse la décadence des musulmans. Les idées mortes et mortelles sont à l'origine de cette décadence selon l'auteur.
Pour résumer ce livre, il s'agit analyse très rigoureuse de la société, de culture, de la colonisation et de la pensée islamique.

Note: 5/5

Muhammad vie du prophète : Les enseignements spirituels et contemporains



Le Prophète occupe une place unique dans la conscience et la vie des musulmans. Il est celui qui a reçu et transmis le Coran, le Texte révélé qui rappelle la place éminente de l'Envoyé de Dieu, tout à la fois annon­ciateur, modèle et guide. Muhammad n'est cependant pas un médiateur: il ne fut qu'un homme, qui a agi et transformé le monde à la lumière des révélations et des inspirations qui lui sont parvenues de l'Unique, Son Éducateur. Cette humanité assumée, élue et inspirée fait de lui un modèle pour les fidèles d'aujourd'hui.

Humanité et exemplarité : telles sont les deux dimensions à travers lesquelles Tariq Ramadan restitue la figure fondatrice de l'islam. S'appuyant avec une rigueur scientifique sur les sources les plus fiables et les plus reconnues par les savants et traditionnistes musulmans, il s'intéresse non seulement aux étapes et aux actions de la vie du Prophète, mais il accompagne son récit de réflexions critiques et méditatives sur le sens profond de cette vie. Parce qu'il s'attache à démontrer l'actualité de la parole du Prophète, ce livre se présente comme une introduction privilégiée à l'islam.

Le parcours du Messager renvoie aux questions premières et éternelles : sa vie est une invite à l'humilité, à la fraternité, au respect, à la justice et à la paix. Mais aussi, et surtout, à l'amour. C'est pourquoi le souffle de la Révélation porte un enseignement utile à tous les hommes, qu'ils soient ou non musulmans.


Extrait du livre :

Expérience tragique ?

Cette solitude tragique de l'Homme faisant face au divin traverse l'histoire de la pensée occidentale depuis la tragédie grecque (avec la figure centrale du rebelle Prométhée face aux dieux de l'Olympe) jusqu'aux interprétations chrétiennes existentialistes et modernes, à l'instar de l'oeuvre de Sören Kierkegaard. La récurrence du thème de l'«épreuve tragique de la foi solitaire» dans la théologie et la philosophie occidentales a associé à cette réflexion la question du doute, de la révolte, de la culpabilité, du pardon et elle a, à son tour, naturellement façonné le discours sur la foi, l'épreuve et la faute.
Il faut néanmoins se méfier des analogies apparentes. Certes les histoires des Prophètes, et notamment celle d'Abraham, sont rapportées respectivement dans les traditions juive, chrétienne et musulmane, de façon semble-t-il similaire. À l'étude, on s'aperçoit cependant que les narrations sont différentes et ne présentent pas toujours ni les mêmes faits ni les mêmes leçons. Ainsi, à celle ou à celui qui entre dans l'univers de l'islam et cherche à rencontrer et à comprendre «le sacré» islamique et ses enseignements, il faut demander de faire l'effort intellectuel et pédagogique de se dépouiller - le temps de cette rencontre - des liens naturels qu'elle/il a pu établir entre l'expérience de la foi, l'épreuve, la faute et la dimension tragique de l'existence.
La Révélation coranique rapporte les histoires des Prophètes et, tout au long de cette narration, elle façonne dans l'esprit et le coeur du musulman un rapport au Transcendant qui ne cesse de mettre en avant la permanence de la communication par l'intermédiaire des signes, des inspirations, et, au fond, de la présence très intime de l'Unique, comme l'exprime si bien ce verset du Coran : «Si Mon serviteur te questionne à Mon sujet : Certes, Je suis proche. Je réponds à l'appel de qui M'appelle quand il M'appelle.» Tous les Envoyés ont, comme Abraham et Muhammad, vécu l'épreuve de la foi, et tous ont, de la même façon, été protégés d'eux-mêmes et de leurs doutes par Dieu, Ses signes et Sa parole.

Les Grecs, les Arabes et nous

La peur des Arabes et de l’islam est entrée dans la science. On règle à présent ses comptes avec l’Islam en se disant sans « dette » : « nous » serions donc supposés ne rien devoir, ou presque, au savoir arabo-musulman. L’Occident est chrétien, proclame-t-on, et aussi pur que possible.
Ce livre a plusieurs « affaires » récentes pour causes occasionnelles. Occasionnelles, parce que les auteurs, savants indignés par des contre-vérités trop massives ou trop symptomatiques, s’appuient sur ces dé-bats pour remettre à plat le dossier de la transmission arabe du savoir grec vers l’Occident médiéval. Occasionnelles, parce que les différentes contributions cherchent à cerner la spécificité d’un moment, le nôtre, où c’est aussi dans le savoir que les Arabes sont désormais devenus gênants.
Il est donc question ici des sciences et de la philosophie arabo-islamiques, des enjeux idéologiques liés à l’étude de la langue arabe, de ce que « latin » et « grec » veulent dire au Moyen Age et à la Renaissance, de la place du judaïsme et de Byzance dans la transmission des savoirs vers l’Europe occidentale, du nouveau catholicisme de Benoît XVI, de l’idée de « civilisation » chez les historiens après Braudel, des nouveaux modes de validation des savoirs à l’époque d’Internet, ou de la manière dont on enseigne aujourd’hui l’histoire de l’Islam dans les lycées et collèges.
Il est question dans ce livre des métamorphoses de l’islamophobie. Pour en venir à une vue plus juste, y compris historiquement, de ce que nous sommes : des Grecs, bien sûr, mais des Arabes aussi, entre autres.

Philippe Büttgen est chargé de recherche au CNRS (Laboratoire d’études sur les monothéismes, Paris).

Alain de Libera est directeur d’études à l’Ecole pratique des hautes études et professeur à l’université de Genève.

Marwan Rashed est professeur à l’Ecole normale supérieure.
Irène Rosier-Catach est directrice de recherche au CNRS (Laboratoire d’histoire des théories linguistiques, Paris) et directrice d’études à l’Ecole pratique des hautes études.

La nouvelle islamophobie : le livre événement de Vincent Geisser


Par Saïd Branine

Particulièrement attendu, le dernier ouvrage de Vincent Geisser « La nouvelle islamophobie » vient enfin de paraître aux éditions la Découverte. Nous avons interrogé Vincent Geisser, chercheur à l’Institut de recherches et d’ études sur le monde arabe et musulman (CNRS), dont le livre analyse avec une grande rigueur tous les mécanismes d’une islamophobie plurielle qui se manifeste en France au niveau d ’une certaine élite politique, intellectuelle et médiatique. Un livre incontournable !

Il y a selon vous une « islamophobie à la française », qui se greffe sur un contentieux historique, au sein duquel l’islam est à la fois considéré comme une religion en voie de francisation et un problème national.

En effet, ma thèse est que la nouvelle islamophobie n’est pas simplement une réactualisation du racisme anti-arabe, anti-maghrébin et anti-immigré. Elle constitue également une religiophobie, en ce sens que c’est bien l’élément religieux qui est visé par une telle haine. Celle-ci s’inscrit dans une forme de paradoxe « à la française » : les Musulmans sont de plus en plus considérés comme des Français « à part entière » et pourtant l’islam est toujours représenté comme une « religion » qui fait problème national. C’est un peu comme si, l’on admettait que les Musulmans puissent être français mais en leur demandant de « diluer » leur religiosité, parce que celle-ci est toujours perçue comme un obstacle au processus d’assimilation. D’où les nombreuses tensions qui peuvent surgir ici et là qui sont moins le fait des Musulmans que du regard de l’Autre : le Musulman tend être identifié à un « bon Français » à partir du moment où il se dépouille des signes de religiosité. Le recours récurrent à des expressions, telles que « Musulmans laïques » ou « Musulmans modérés », est le symptôme de cette crispation nationale. On signifie par là que tous les autres Musulmans sont des « radicaux », « intégristes », voire, plus grave, des « apprentis terroristes ».

En fait, nous sommes encore dans une configuration assimilationniste qui ne veut pas dire son nom. Le paradoxe est que ce sont souvent des élites laïques qui la défendent avec le plus de vigueur : au nom des valeurs de la liberté et de la tolérance, elles expriment leur rejet de tout ce qui serait contraire à la « civilisation française », supposée être « la mère » de l’universalisme. Derrière le rejet du Musulman pointe aussi le rejet du Juif, mais là il y a un tabou. Le rejet du voile est aussi une autre manière d’exprimer le rejet de la kippa. Mais l’on peut relever une nuance de taille : dans le premier cas, on suscite une polémique médiatique et on créé une « commission de réflexion sur la laïcité » ; dans le second cas, on préfère se taire, parce que l’on a peur d’être taxé d’antisémite.

Tout en rappelant la recrudescence des actes islamophobes ces dernières années, vous consacrez plusieurs pages dans votre ouvrage au nouveau visage de la discrimination que vous appelez « l’islamophobie professionnelle ». Comment cette islamophobie se traduit-elle exactement ?

C’est encore un terrain d’enquête totalement vierge. Les études sociologiques sur cette question de l’islamophobie professionnelle sont extrêmement rares. Mon livre lance un appel en ce sens : recenser de manière plus systématique tous les actes islamophobes dans les milieux professionnels, mais aussi dans l’attribution des logements et les espaces semi-publics (entreprises, cafés, restaurants…). Sur ce plan, la France est très en retard sur les Etats-Unis qui, par tradition libérale, accordent beaucoup d’importance et de moyens à la lutte contre l’islamophobie. J’entends par islamophobie professionnelle, la discrimination qui ne vise plus exclusivement les référents ethniques, culturels ou raciaux mais aussi les registres religieux. C’est une discrimination qui s’attaque aux signes visibles de la « religiosité musulmane ».

Toutefois, je différencierais deux registres :

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L’islamophobie professionnelle implicite : elle s’en prend aux porteurs de signes de visibilité religieuse en se réfugiant derrière l’argument de la laïcité. En somme, c’est une islamophobie qui se cache derrière les valeurs dites « universalistes » et qui touche en priorité les jeunes filles et les femmes portant le hijeb. En somme, ces dernières ne sont pas considérées comme « dignes » d’exercer une activité professionnelle dans les espaces publics ou semi-publics, parce qu’elles seraient supposées être porteuses d’une idéologie néfaste et surtout contre-productive : les femmes voilées risqueraient de faire fuir les clients ou les usagers. C’est un argument que l’on entend souvent dans la bouche d’entrepreneurs privés ou de hiérarques de la fonction publique.
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L’islamophobie professionnelle explicite : dans certains secteurs économiques, les musulmans croyants et pratiquants tendent à être considérés comme « dangereux ». Ce sont des salariés « à risque ». Je pense personnellement que ce type d’islamophobie est amenée à se développer dans les prochaines années. Là aussi, il y a un paradoxe : alors que les populations françaises de culture musulmane s’insèrent désormais dans tous les secteurs professionnels (mobilité intergénérationelle), les Musulmans croyants et pratiquants rencontrent de plus en plus de difficultés. C’est un peu comme si on leur disait : dépouillez-vous de vos signes de religiosité et on vous engagera.

Mais, comme je l’ai signalé dans mon livre, l’islamophobie professionnelle est encore peu explorée. Je le regrette en tant que sociologue. Je constate également que les associations musulmanes de France se sont peu investies sur cette question, contrairement à leurs homologues américains qui font un véritable travail sur le plan des enquêtes statistiques et des poursuites judiciaires. Bien sûr, il ne faut pas tomber dans le communautarisme en criant « au loup », chaque fois qu’un Musulman rencontre des difficultés dans son activité professionnelle. Il ne faut pas verser dans le « martyrisme », en voyant de l’islamophobie partout. Toutefois, les associations musulmanes françaises ont encore beaucoup de travail à faire en ce domaine et cela pourrait devenir un terrain d’action privilégié dans les années à venir, en étroite coopération avec les pouvoirs publics, les centres de recherches et les cabinets d’avocats. En quelque sorte - sans vouloir faire de jeux de mots - il est nécessaire de professionnaliser la lutte contre l’islamophobie professionnelle en se dotant de réels moyens d’investigation qui nous éviteraient de tomber dans le phénomène de la rumeur.

Vous évoquez une autre forme d’islamophobie, celle des médias qui certes n’ont pas créer l’islamophobie mais contribuent à la banaliser en véhiculant notamment une vision sécuritaire des enjeux de l’islam de France.

Dans leur grande majorité, les médias et les journalistes ne sont pas islamophobes. Sur ce plan, il est nécessaire de rester nuancé. Toutefois, l’effet d’ensemble contribue à créer une « atmosphère islamophobe ». La raison principale est que le discours médiatique sur l’islam en général traite presque toujours d’un phénomène particulier : l’islamisme et le terrorisme. C’est un peu que comme si pour parler du judaïsme, on montrait exclusivement les extrémistes religieux d’Israël. Une telle posture est réductrice, voire malhonnête. De plus, j’ai analysé, dans mon ouvrage, ce que j’appelle la « mise en scène de l’islam de France ». D’une manière générale, les articles des journalistes sont plutôt objectifs et modérés mais c’est l’ensemble qui produit un « effet de peur ». Car, en effet, les articles sont souvent accompagnés de photographies qui représentent les musulmans sous les mêmes postures : un groupe en prière, des jeunes filles voilées, des islamistes radicaux, etc. Comme l’écrivait, il y a quinze ans déjà, Franck Frégosi (CNRS-Strasbourg), l’islam n’est perçu médiatiquement qu’à travers le prisme de l’islamisme radical. En somme, les médias participent à renforcer les préjugés négatifs sur l’islam et les Musulmans. Ils se livrent à ce que j’appelle du « prêt-à-clicher islamique », c’est-à-dire à une mise en scène sur des registres catastrophistes. Il faut dire que la « peur de l’islam » se vend bien médiatiquement : elle permet aux hebdomadaires généralistes d’augmenter considérablement leurs ventes dans un contexte de crise économique de la presse française (baisse du nombre de lecteurs-acheteurs).

Sur ce plan, il convient, non plus, de ne pas tomber dans le misérabilisme et le martyrisme. Les Musulmans de France peuvent inverser cette image négative en développant une véritable stratégie de communication et en jouant pleinement la carte de la « transparence », même si celle-ci peut réserver parfois des surprises. A ce titre, une initiative telle que la votre, Oumma.com, me semble très prometteuse pour l’avenir médiatique des Musulmans : c’est devenu un site de référence, très consulté par les chercheurs, les journalistes et les citoyens ordinaires qui désirent s’informer sur l’islam et la vie de la communauté musulmane de France.

A l’exception de quelques initiatives, comme la vôtre, les associations musulmanes souffrent d’un déficit de stratégie de communication. Bien sûr, cela ne résoudra pas tout mais la « bataille » de l’image et du discours me paraît un véritable défi pour lutter contre l’islamophobie.



Vous affirmez que l’islamophobie intellectuelle en France n’a rien « d’intellectuelle » et qu’elle épouse les mêmes formes triviales que l’islamophobie populaire. Comment expliquez-vous justement l’islamophobie de ces intellectuels que vous surnommez les nouveaux gardiens du temple médiatique ?

En effet, mon ouvrage montre que certains intellectuels français ont une grande part de responsabilité dans la diffusion et la banalisation de la nouvelle islamophobie. Cependant, leur islamophobie n’a rien d’intellectuelle en soi. C’est davantage une « intellectualisation » des préjugés populaires sur l’islam. Mais la grande différence avec les citoyens ordinaires réside dans le fait qu’ils disposent de tribunes médiatiques qui leur confèrent une stature. De nombreux intellectuels français ont renoncé à leur fonction critique. Ils s’engouffrent dans les clichés communs sur l’islam et les Musulmans. Aujourd’hui, tout intellectuel qui se respecte doit avoir un discours pré-construit sur l’islam. Pour preuve, le nombre d’ouvrages et d’essais qui traitent de l’islam et des « dangers de l’islamisme », écrits par des auteurs n’ayant pourtant aucune connaissance en ce domaine. L’islam est un objet investi socialement par les catégories intellectuelles et qui leur permet d’exister sur la scène publique. En revanche, la parole des islamologues tend à être marginalisée. Les intellectuels médiatiques n’ont, eux, aucun problème à se faire entendre car ils réduisent la complexité de la situation des musulmans en France à un danger unique : « l’islamo-terrorisme ». C’est bien dans un discours de simplification extrême que certains intellectuels français trouvent aujourd’hui leur légitimité auprès des médias et des institutions publiques. A l’opposé, les discours qui visent à réintroduire une certaine complexité dans la compréhension des phénomènes sociaux sont rejetés. Pour être sûr de passer à la télévision aujourd’hui, il faut jouer sur le fantasme de la « menace islamique », au risque d’être taxé d’angélisme, si vous ne respectez pas cet impératif.



Il existe en France un discours qui tend à établir un lien de causalité entre l’émergence d’un antisémitisme et « l’islamisation des banlieues françaises ». Selon vous, l’antisémitisme devient en fait un prétexte pour parler d’un autre objet : l’islam et ses formes « dévoyées » (l’islamisme et le fondamentalisme).

Dans mon ouvrage, je ne nie pas le phénomène de l’antisémitisme, au contraire. Mais je critique fortement les auteurs comme Alain Finkielkraut. Pierre-André Taguieff ou Shmuel Trigano qui expliquent que l’antisémitisme actuel est produit presque exclusivement par ce qu’ils appellent les « jeunes arabo-musulmans ». Pour ces auteurs, l’antisémitisme serait l’émanation de la xénophobie des banlieues à l’égard des Juifs. Ce qui est grave, c’est que leurs propos accusatoires ne se fondent sur aucune analyse sociologique rigoureuse. Ils fonctionnent principalement sur le registre de la dénonciation et de la généralisation. Pire, la thèse de la « nouvelle judéophobie » tend à nier la spécificité historique du génocide de la Seconde guerre mondiale. En comparant les « jeunes beurs » à des SA ou des SS du parti nazi, on touche à la mémoire et on l’instrumentalise. On en vient à nier la présence encore néfaste d’un antisémitisme d’extrême droite et du négationisme. Pour ces auteurs, la seule obsession est l’islamisme de banlieues. En fait, leurs ouvrages constituent moins des analyses fines sur le renouveau de l’antisémitisme en France (phénomène inquiétant) qu’une mise en scène du péril islamiste.

Ma critique ne me conduit pas à nier l’existence d’un réel antisémitisme dans certains milieux islamistes radicaux. Il existe bien une forme d’« antisémitisme musulman » et il est de notre devoir de sociologue de l’étudier. Je partage d’ailleurs cette opinion avec certains intellectuels musulmans comme Tariq Ramadan qui en appellent à lutter, de manière énergique, contre toutes les formes de xénophobie et d’antisémitisme dans les communautés musulmanes. Mais pour lutter, il faut aussi étudier le phénomène et éviter de tomber dans la dénonciation grossière de type « l’antisémitisme, c’est la faute aux Musulmans ! ». C’est un discours culpabilisant qui est contre-productif.

Vous notez que certains leaders médiatiques musulmans cautionnent les dérives islamophobes d’acteurs non musulmans. Vous qualifiez ces leaders de « facilitateurs d’islamophobie » Pouvez-vous nous définir les différents types d’acteurs de ces facilitateurs ?

C’est peut-être la partie la plus inattendue de mon ouvrage. Je démontre, en effet, que certains leaders qui se prétendent « musulmans » contribuent, aujourd’hui, au développement de l’islamophobie. Pour eux, c’est une rente de situation. Ils jouent à plein sur leur image d’élites musulmanes « modérées » pour faire une carrière dans l’espace public français. Je distingue trois catégories principales.

D’abord, les « Politiques », comme Rachid Kaci de l’UMP ou Malek Boutih du PS, qui instrumentalisent le fantasme d’un « péril islamiste » dans les banlieues pour « se faire une place » dans leur parti. Dire du mal des Musulmans est devenu à la mode chez certains leaders politiques d’origine maghrébine.

Ensuite, les « Religieux », comme Soheïb Bencheickh et Dalil Boubakeur, qui tentent de monopoliser la parole de la communauté musulmane auprès des pouvoirs publics et des médias. Pour se faire, ils accusent les autres associations et organisations musulmanes d’être des islamistes en acte et en puissance. Je pense que ces leaders musulmans autoproclamés ont une très grande responsabilité dans la banalisation de la nouvelle islamophobie. Leur discours sécuritaire sur l’islam contribue à renfoncer l’idée que les Musulmans de France doivent être « matés » et étroitement surveillés.

Enfin, la dernière catégorie, les « Intellectuels algériens éradicateurs » qui ont importé en France leur combat idéologique contre l’islamisme. Le problème de ces intellectuels algériens, c’est qu’ils ont tendance à confondre la situation française avec le contexte de guerre civile en Algérie. Ils transposent leur vécu dramatique en France et tombent souvent dans la caricature, de type « l’UOIF, c’est comme le GIA ». Ce qui me paraît grave, c’est que ces intellectuels algériens ont acquis une véritable audience. Ils jouent à fond sur la culpabilité occidentale pour développer leurs propos haineux à l’égard des Musulmans croyants et pratiquants, comme s’ils étaient les seuls à détenir les clefs d’un « islam modéré ».

Est-il encore possible en France de dépasser tous ces préjugés sur l’islam et les musulmans ?

L’on m’a souvent posé la question et j’éprouve toujours la même difficulté à y répondre. Certains disent que l’islamophobie procède de l’ignorance sur l’islam et les Musulmans. Pourtant, la France est l’un des pays européens où les ouvrages, articles et institutions traitant de l’islam sont les plus nombreux. Personnellement, je ne crois pas que l’islamophobie relève d’un problème de connaissance « objective ». Regardez, l’on constate aussi que certains grands spécialistes, islamologues et/ou arabisants, sont parfois islamophobes. Le progrès de la connaissance sur le fait musulman en général peut contribuer sans aucun doute à faire reculer les clichés et les préjugés xénophobes. Mais, selon moi, c’est la connaissance « pratique » qui compte le plus. Or, celle-ci ne s’apprend pas dans les livres mais dans la rue. C’est tout le paradoxe de la France d’aujourd’hui avec lequel nous devons vivre : mère de l’universalisme, nation d’accueil de nombreux musulmans immigrés et exilés, elle est aussi une terre d’islamophobie. C’est donc sur le long terme que l’on peut espérer voir reculer l’islamophobie « à la française ». Mais cela nécessite une tache de longue haleine, tant du point de vue du travail d’investigation, que des mobilisations citoyennes contre l’intolérance.

Source: www.oumma.com